{"id":771,"date":"2016-09-28T18:43:11","date_gmt":"2016-09-28T17:43:11","guid":{"rendered":"http:\/\/philippeparrinello.fr\/carnetdebord\/?p=771"},"modified":"2016-10-03T17:56:31","modified_gmt":"2016-10-03T16:56:31","slug":"contributionreflexion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philippeparrinello.fr\/carnetdebord\/?p=771","title":{"rendered":"Contribution\/R\u00e9flexion"},"content":{"rendered":"<p>UN ARTISTE OBSTINE, texte de Stephanie Gallet.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas si fr\u00e9quent de croiser la route d\u2019un sculpteur. Philippe Parrinello en est un. Il a install\u00e9 son atelier \u00e0 Montfermeil en Seine Saint Denis \u00e0 proximit\u00e9 des grands arbres de la for\u00eat de Bondy. Il travaille au rez de chauss\u00e9 d\u2019une maison au milieu des ponceuses, des ciseaux et des pi\u00e8ces de bois qui attendent d\u2019\u00eatre s\u00e8ches. Il vit en famille, entour\u00e9 de ses sculptures et d\u00e8s son jardin des figures grima\u00e7antes vous accueillent&#8230;<\/p>\n<p>Visiter Philippe Parrinello \u00e0 l\u2019\u0153uvre, c\u2019est comprendre qu\u2019en sculpture si rien n\u2019est impossible, rien n\u2019est instantan\u00e9.<\/p>\n<p>En novembre 2015, Philippe Parrinello proposait \u00e0 Pontault-Combault \u00ab\u00a0La Venus et l\u2019Esclave\u00a0\u00bb. \u00a0Cette installation pr\u00e9sentait deux grands bas-relief pos\u00e9s sur un dialogue, extrait d\u2019un film de John Cassavetes (Shadows). L\u2019occasion pour lui de rendre hommage au cin\u00e9aste am\u00e9ricain \u00e0 l\u2019origine de son ambition artistique, de reprendre \u00e0 son compte le regard sur l\u2019art de l&rsquo;auteur de \u00ab\u00a0Faces\u00a0\u00bb. R\u00e9aliser une \u0153uvre, trouver son identit\u00e9 d\u2019artiste, c\u2019\u00e9tait avancer sur une voie d\u2019\u00e9pure et d\u2019autonomie, c\u2019\u00e9tait choisir un m\u00e9dium qui soit un chemin vers soi et vers les autres.<\/p>\n<p>Pour Philippe Parrinello, ce chemin, c\u2019est la sculpture.<\/p>\n<p>Sculpter, c\u2019est maitriser un geste&#8230; Il s\u2019agit d\u2019enlever des extraits d\u2019un bloc pour insuffler une histoire. Tourner autour d\u2019une pi\u00e8ce ou d\u2019une installation de Philippe Parrinello c\u2019est entrer dans un monde, d\u00e9couvrir des personnages, des paysages et une profusion de symboles. Presque qu\u2019un film en soi&#8230;<\/p>\n<p>Sculpter, c\u2019est une rencontre avec la mati\u00e8re\u00a0: ici le bois. Mati\u00e8re noble, riche de son v\u00e9cu, sur laquelle le sculpteur va s\u2019appuyer pour trouver la veine du r\u00e9cit que ses outils vont creuser.<\/p>\n<p>Si l\u2019on peut dire que la graine se souvient de l\u2019arbre qu\u2019elle \u00e9tait, avec Philippe Parrinello la sculpture n\u2019oublie pas l\u2019arbre qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9. Malgr\u00e9 des heures de pon\u00e7age, malgr\u00e9 les laques, les vernis, les colles, le v\u00e9g\u00e9tal ne dispara\u00eet pas sous l\u2019\u0153uvre. Il est toujours l\u00e0, pr\u00e9sence sous-jacente au langage \u00e9loquent. Dans la \u00ab\u00a0Femme Babel\u00a0\u00bb, le tronc est bien l\u00e0 mais d\u00e9j\u00e0 la femme s\u2019\u00e9lance, d\u00e9j\u00e0 la ville s\u2019anime. Avec \u00ab\u00a0Les amants\u00a0\u00bb, c\u2019est un arbre pr\u00e9sence maternelle et rassurante qui h\u00e9berge leur danse. Dans l\u2019\u00e9trange s\u00e9rie des \u00ab\u00a0Pacmans\u00a0\u00bb, l\u2019arbre est encore l\u00e0&#8230; D\u2019un n\u0153ud il fait un \u0153il aux aguets. D\u2019une fente, il fait un sexe offert.\u00a0 D\u2019une branche, un bras lev\u00e9 &#8230;<\/p>\n<p>Sculpter, comme une rencontre entre deux corps, celui de l\u2019arbre bien sur mais aussi celui du sculpteur. Un corps \u00e0 corps parfois violent, parfois caressant.<\/p>\n<p>Mais attention, sculpter ce n\u2019est pas que porter des coups ou les retenir. Le corps \u00e0 corps commence dans le regard. Sans aller jusqu\u2019\u00e0 parler de m\u00e9ditation, il y a dans la pratique de Philippe Parrinello de longs moments de contemplation devant ce qui n\u2019est encore qu\u2019un morceau de bois. Quelle histoire emprisonn\u00e9e sous l\u2019\u00e9corce va-t-il pouvoir lib\u00e9rer ?<\/p>\n<p>Tout cela ne va pas jaillir instantan\u00e9ment. Sculpter est un travail de patience mais surtout un travail physique. Et on retrouve l\u00e0, chez lui une sorte de fraternit\u00e9 silencieuse avec tous ceux qui donne de leur chair pour faire leur m\u00e9tier&#8230; Ici le travail est manuel. Ici on donne de sa personne&#8230; ici on cr\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Philippe Parrinello a r\u00e9alis\u00e9 \u00a0beaucoup d\u2019autoportraits mais le plus \u00e9mouvant, le plus juste \u00a0est s\u00fbrement cette \u00e9norme main en ch\u00eane, offrande, \u00e0 la fois puissance et fragilit\u00e9 &#8230;<\/p>\n<p>Une sculpture nous dit Philippe Parrinello, c\u2019est une portion de temps, un engagement dans la dur\u00e9e. Pour le spontan\u00e9e, l\u2019instant croqu\u00e9, il y a le dessin, l\u2019aquarelle. Des techniques plus souples, plus mobiles qui permettent de fixer les id\u00e9es, les images et de pr\u00e9parer ou de r\u00e9pondre aux travaux sculpt\u00e9s. Car tout se r\u00e9pond, tout fait sens. L\u2019id\u00e9e de continuit\u00e9 entre les pi\u00e8ces est essentielle. Pas de dates de cr\u00e9ation sur les \u0153uvres mais \u00e0 chaque fois des signes qui comme des fils invisibles tissent des liens entre chaque pi\u00e8ces. \u00a0Petit \u00e0 petit nous dit l\u2019artiste, l\u2019id\u00e9e s\u2019est impos\u00e9s de fabriquer un territoire, un petit peuple comme les personnages d\u2019un film\u00a0: Les Corps de bois &#8230;<\/p>\n<p>Le sculpteur est un d\u00e9miurge&#8230; Des formes anthropomorphiques vont na\u00eetre de sa main.<\/p>\n<p>Les Corps de bois&#8230; Des \u00eatres \u00e9tranges aux yeux parfois plus vrais que nature. \u00a0Mi-homme, mi-animal, \u00eatre mutant&#8230;\u00a0 Homme \u00e0 t\u00eate de souris ou d\u2019\u00e2ne ou m\u00eame d\u2019oiseaux, femme louve, centaure&#8230; A moins que tout cela ne soit que des masques&#8230; Philippe Parrinello travaille les corps&#8230; Allonge une t\u00eate, \u00e9tire un membre. La mutation est bien l\u00e0, \u00a0\u00e0 l\u2019\u0153uvre sous nos yeux.<\/p>\n<p>Qui sont tous ces monstres\u00a0que nous montre le sculpteur ? D\u2019o\u00f9 viennent-ils\u00a0? Du fin fond de nos cauchemars, de nos for\u00eats primitives, des mythes anciens\u00a0? \u00a0A moins que, peurs \u00a0bien plus contemporaines, ils se soient \u00e9chapp\u00e9s des fantasmes d\u2019un savant fou &#8230;<\/p>\n<p>Nous avons oubli\u00e9 les r\u00e9cits fondateurs de notre humanit\u00e9. Philippe Parrinello nous les rappelle. C\u2019est toute une mythologie qui s\u2019aligne devant nous, une petite arm\u00e9e de corps de bois bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 prendre vie &#8230;<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019une b\u00eate\u00a0? Avons-nous oubli\u00e9 notre \u00e9tat de nature\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est tout cela que nous disent les Corps de bois. Message discret, leur cri est couvert, il ne s\u2019impose pas. Philippe Parrinello n\u2019a jamais fait de son art un \u00e9tendard mais il nous propose bien un regard sur le monde. Regard angoiss\u00e9 sur ce monde animal dont nous nous \u00e9loignons comme un radeau \u00e0 la d\u00e9rive &#8230; Regard inquiet sur la violence omnipr\u00e9sente &#8230; Les djihadistes sont tristes, les rois se transforment en char, \u00ab\u00a0Les naufrag\u00e9s\u00a0\u00bb tendent leurs bras et les \u00a0armes sont tapies au c\u0153ur du couple. Image r\u00e9currente du labyrinthe o\u00f9 chacun peut se perdre et o\u00f9 chacun cherche son fil d\u2019Ariane.<\/p>\n<p>Et puis il y a les tags, ces chiffres plus ou moins lisibles, qui petit \u00e0 petits se sont mis \u00e0 couvrir certaines de ces pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019image de ce monde o\u00f9 tout est num\u00e9ris\u00e9 &#8230; Tout se compte et se d\u00e9compte&#8230; Tout se calcule &#8230; Les chiffres d\u00e9vorent notre monde, nous submergent comme ils recouvrent \u00ab\u00a0La Pasquina\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0La Pomone\u00a0\u00bb. Logique implacable \u00e0 l\u2019\u0153uvre qui engloutit avec elle la nature, les r\u00e9cits primitifs mais aussi nos d\u00e9sirs intimes &#8230; Aujourd\u2019hui nous dit l\u2019artiste, il faut \u00eatre bien attentif pour r\u00e9ussir \u00e0 discerner les pulsations du monde r\u00e9el derri\u00e8re le vacarme du binaire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mes corps de bois peuplent un territoire qui r\u00e9fl\u00e9chit le notre\u00a0\u00bb : un credo puissant pour un artiste obstin\u00e9.<\/p>\n<p>St\u00e9phanie Gallet<\/p>\n<p>Septembre 2016<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN ARTISTE OBSTINE, texte de Stephanie Gallet. Ce n\u2019est pas si fr\u00e9quent de croiser la route d\u2019un sculpteur. Philippe Parrinello en est un. 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